La piroplasmose est une maladie qui fatigue énormément les chevaux. Même après le traitement, beaucoup de propriétaires sont surpris de voir leur cheval « à plat » pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. C’est normal… mais seulement jusqu’à un certain point. Une convalescence bien gérée fait vraiment la différence entre un cheval qui récupère bien, et un cheval qui traîne des séquelles longtemps.
Dans cet article, on va voir ensemble combien de temps peut durer la convalescence après une piroplasmose, quels soins mettre en place au quotidien, et quels signes doivent vous pousser à rappeler votre vétérinaire.
Rappel rapide : que se passe-t-il dans le corps du cheval atteint de piroplasmose ?
La piroplasmose (ou piro, souvent) est une maladie transmise par les tiques. Chez le cheval, elle est principalement due à deux parasites : Theileria equi et Babesia caballi. Ces parasites détruisent les globules rouges, ce qui entraîne :
- une anémie (baisse du nombre de globules rouges)
- une grande fatigue
- des muqueuses pâles ou jaunes (ictère)
- parfois des coliques, des œdèmes, une perte d’appétit, une fièvre importante
Le traitement (généralement à base d’imidocarbe) vise à éliminer les parasites, mais il ne « répare » pas instantanément les dégâts déjà faits. Le corps du cheval a besoin de temps pour :
- reconstituer ses globules rouges
- drainer les toxines
- retrouver un état général correct
C’est cette période de remontée progressive qu’on appelle la convalescence.
Combien de temps dure la convalescence après une piroplasmose ?
Il n’y a pas de durée unique valable pour tous les chevaux. La plupart mettent entre 2 et 6 semaines à retrouver un état normal, mais plusieurs facteurs entrent en jeu :
- La sévérité de la crise : un cheval qui a fait une forte fièvre, avec anémie marquée, peut mettre plus de temps à récupérer.
- Son état avant la maladie : un cheval déjà un peu maigre, stressé ou très sollicité au travail récupèrera souvent plus lentement.
- L’âge : les chevaux âgés ou très jeunes sont souvent plus fragiles.
- La rapidité de la prise en charge : un diagnostic et un traitement précoces limitent les dégâts.
- Les soins pendant la convalescence : repos, alimentation adaptée, surveillance… tout cela joue un rôle.
À titre indicatif, on observe souvent :
- Les 3 à 7 premiers jours après traitement : le cheval reste fatigué, pas forcément très dynamique, parfois un peu abattu. La fièvre doit avoir disparu (ou être en forte baisse).
- Entre 1 et 3 semaines : l’état général s’améliore, l’appétit revient normalement, le cheval retrouve son caractère habituel.
- Entre 3 et 6 semaines : reprise progressive du travail, si le vétérinaire donne son accord, avec parfois encore un « fond » de fatigue à l’effort.
Certains chevaux restent « porteurs » du parasite sans être malades, surtout avec Theileria equi. Mais on ne parle plus à ce stade de convalescence aiguë : on est dans la gestion à long terme, à voir avec votre vétérinaire (suivi sanguin, adaptation du travail, prévention renforcée des tiques…).
Soins immédiats après le retour à l’écurie
Dès que votre cheval rentre à l’écurie après son traitement (ou qu’il termine un traitement sur place), votre rôle commence vraiment. On peut résumer les priorités en trois mots : repos, confort, surveillance.
1. Offrir un environnement calme et propre
- Prévoir un box propre, bien paillé, ou un abri avec un paddock calme.
- Éviter de le mettre directement dans un grand troupeau agité : un contact avec un ou deux congénères tranquilles est souvent suffisant au début.
- Limiter les sources de stress (déplacements, changements brutaux d’alimentation, transport…).
2. Faciliter l’hydratation
- Vérifier que l’eau est propre, à volonté, et facilement accessible (abreuvoir fonctionnel, seau toujours rempli).
- Proposer si besoin une pierre à sel ou des électrolytes (sur avis vétérinaire) pour encourager la prise de boisson.
- Surveiller la quantité d’eau bue : un cheval qui ne boit presque pas sur une journée, ce n’est jamais bon signe.
3. Gérer la température et le confort
- En cas de froid, un cheval fatigué peut avoir du mal à se réchauffer : une couverture légère peut être utile, à adapter selon l’état et la robe.
- En cas de chaleur, privilégier une zone ombragée et bien ventilée.
- Garder un œil sur les signes d’inconfort : cheval qui se couche souvent, transpire au repos, respire vite.
4. Respecter strictement le protocole vétérinaire
- Suivre les doses et la durée de tous les traitements prescrits (anti-inflammatoires, protecteurs hépatiques, vitamines, etc.).
- Ne pas ajouter de compléments ou de plantes « maison » sans avis : certains produits surchargent le foie ou les reins déjà sollicités.
- Programmer, si conseillé, une prise de sang de contrôle (numération sanguine, bilan hépatique, etc.).
Alimentation et hydratation pendant la convalescence
L’alimentation joue un rôle central dans la récupération après piroplasmose. L’objectif : soutenir l’organisme sans le surcharger.
1. Foin de bonne qualité à volonté
- C’est la base : un foin propre, non poussiéreux, donné en quantité suffisante.
- Éviter les changements brutaux de type de foin (passer progressivement si besoin).
- Un cheval qui trie beaucoup ou qui laisse son foin doit être surveillé de près.
2. Concentrés : adapter la ration
- Si le cheval était au travail intensif avant la maladie, sa ration de grains peut être diminuée temporairement, puisque il est au repos.
- Privilégier des aliments faciles à digérer, riches en fibres et non trop riches en amidon (pour éviter les coliques et les coups de sang).
- Procéder par petites quantités, plus fréquentes, plutôt que de gros repas concentrés.
3. Soutien de la reconstitution sanguine
Une anémie demande du temps, mais certains éléments sont utiles :
- apport suffisant en protéines de bonne qualité (lucerne en quantité raisonnable, par exemple)
- un complément en fer, cuivre, vitamines B uniquement sur recommandation vétérinaire ou d’un nutritionniste équin
- éviter les surdosages de compléments « multi-vitaminés » qui surchargent le métabolisme
4. Hydratation : les petits gestes qui aident
- Proposer de temps en temps une ration de mash tiède (sans excès de céréales) pour favoriser l’hydratation.
- En été, surveiller les signes de déshydratation : pli de peau qui revient lentement, muqueuses sèches, crottins très secs.
- Noter le nombre de crottins par jour : une forte diminution peut alerter sur un problème digestif.
Reprise du travail : quand et comment remettre le cheval en mouvement ?
La règle d’or : ne pas brûler les étapes. Un cheval qui sort d’une piro n’est pas juste « rouillé » : il a réellement été malade, parfois de façon sévère.
1. Repos strict ou mise au paddock ?
- Dans la plupart des cas, un paddock calme est préférable à un enfermement prolongé en box, pour garder un minimum de mobilité.
- Le cheval doit pouvoir se déplacer tranquillement, sans excitation ni galops répétés.
- Les sorties au pré complet avec un grand groupe sont à introduire plus tard, une fois l’état stabilisé.
2. Reprise progressive, étape par étape
En général (à adapter au cas par cas et à l’avis du vétérinaire) :
- Semaine 1 à 2 après la fin des signes aigus : marche en main ou en longe, 10 à 20 minutes, sur sol plat, au pas uniquement.
- Semaine 2 à 3 : augmentation progressive de la durée de marche (30 à 40 minutes), avec possibilité de petits trottings très légers si le cheval ne montre aucun signe de fatigue excessive.
- Semaine 3 à 4 et plus : reprise du travail monté léger (pas, un peu de trot), en surveillant attentivement la respiration, la sueur et la récupération après l’effort.
Un cheval qui met longtemps à reprendre son souffle, transpire anormalement pour un petit effort, ou se montre très « vide » sous la selle doit être réévalué par un vétérinaire.
3. Ajuster selon le tempérament et la discipline
- Les chevaux naturellement « froids » peuvent masquer leur fatigue : on croit qu’ils sont juste tranquilles, alors qu’ils sont vraiment épuisés.
- Les chevaux de sport (endurance, CSO, complet, course) nécessitent souvent un planning de reprise individualisé, avec bilan sanguin de contrôle.
Signes à surveiller pendant la convalescence
Pendant toute cette phase, votre rôle d’observateur est essentiel. Il ne s’agit pas de devenir parano, mais de rester attentif à certains indicateurs.
1. Température
- Prendre la température du cheval régulièrement, par exemple 1 fois par jour pendant la première semaine, puis tous les 2 à 3 jours.
- La température normale se situe en général autour de 37,5 à 38,0 °C (à vérifier selon votre cheval).
- Une remontée au-dessus de 38,5 °C, surtout si elle s’accompagne d’abattement ou de perte d’appétit, doit alerter.
2. Muqueuses et couleur des yeux
- Regarder les gencives et l’intérieur des paupières : elles doivent être roses, ni trop pâles, ni franchement jaunes.
- Des muqueuses très pâles peuvent indiquer une anémie persistante ou qui s’aggrave.
- Une coloration jaune (ictère) peut refléter une atteinte du foie ou une destruction continue des globules rouges.
3. Appétit et comportement
- Un cheval qui a envie de manger, qui s’intéresse à son environnement, qui revient vers vous, est généralement sur la bonne voie.
- L’inverse (cheval qui reste à l’écart, « dans son coin », baisse d’appétit, regard « vide ») nécessite de se poser des questions.
4. Crottins et urine
- Les crottins doivent rester d’aspect habituel (ni très secs, ni très liquides).
- Au début de la maladie, l’urine peut être foncée (pigments liés à la destruction des globules rouges). Pendant la convalescence, elle doit progressivement retrouver une couleur normale.
5. Fatigue à l’effort
- Surveiller comment le cheval récupère après une simple marche : respiration, transpiration, volonté d’avancer.
- Un cheval qui semble « à bout » après 10 minutes de pas a probablement besoin de plus de repos et d’un contrôle vétérinaire.
Quand recontacter le vétérinaire ?
Il y a des situations où l’on peut surveiller tranquillement à la maison, et d’autres où l’avis vétérinaire est indispensable.
Recontactez votre vétérinaire sans attendre si :
- la fièvre réapparaît (au-dessus de 38,5–39 °C)
- le cheval refuse de manger ou boit très peu
- l’abattement est marqué, le cheval ne se déplace presque plus
- les muqueuses deviennent jaunes ou très pâles
- les urines sont de nouveau très foncées, ou le cheval a des difficultés à uriner
- des coliques apparaissent (regard vers le flanc, se couche, se roule, griffe le sol)
- le cheval présente des œdèmes (membres gonflés, ventre, sous le ventre, fourreau)
- la convalescence semble « bloquée » : pas d’amélioration visible au bout de 7 à 10 jours
Dans certains cas, le vétérinaire pourra proposer :
- un bilan sanguin de contrôle (anémie, foie, reins)
- un traitement complémentaire (protecteur hépatique, anti-inflammatoire, vitamines ciblées…)
- une adaptation du programme de travail ou de l’alimentation
Limiter les rechutes et protéger votre cheval à long terme
Après une piroplasmose, la priorité est d’éviter que le cheval ne refasse une crise aiguë. On ne contrôle jamais tout, mais on peut réduire fortement les risques.
1. Gestion des tiques
- Utiliser des produits anti-tiques adaptés au cheval (sprays, pipettes, solutions à diluer), choisis avec votre vétérinaire.
- Inspecter régulièrement le cheval, surtout s’il vit en zone à tiques (hautes herbes, sous-bois, haies).
- Brosser et vérifier les zones sensibles : base de la queue, encolure, entre les membres, sous le ventre.
2. Gérer le pâturage et l’environnement
- Faucher régulièrement les zones de hautes herbes proches des lieux de passage des chevaux.
- Limiter l’accès aux zones très infestées à certaines périodes de l’année, si possible.
3. Suivi régulier des chevaux sensibles
- Certains chevaux semblent plus sujets aux crises répétées. Un suivi sanguin périodique peut être conseillé.
- Adapter le planning de travail en période à risque (printemps, automne) si le cheval a un historique de piro sévère.
- Veiller à ce que le cheval soit en bon état général : alimentation équilibrée, dents et pieds suivis, vermifugation raisonnée.
4. Travailler en équipe avec votre vétérinaire
- Garder une trace des épisodes de piro (date, traitement, résultats de prise de sang).
- Discuter avec le vétérinaire des mesures de prévention les plus appropriées à votre région et à votre type de cheval (loisir, sport, élevage, etc.).
À retenir et conseils pratiques à appliquer dès maintenant
La piroplasmose n’est pas une petite « grippe » chez le cheval. C’est une maladie qui peut laisser l’organisme très fatigué, même après la fin de la crise. Une convalescence sérieuse est donc indispensable.
En résumé :
- Comptez généralement plusieurs semaines pour une récupération complète, parfois 4 à 6 semaines selon la sévérité et le cheval.
- Pendant les premiers jours, misez sur le repos, le confort et la surveillance rapprochée.
- Offrez-lui une alimentation simple, de qualité, riche en fibres, avec une hydratation optimale et, si besoin, des compléments validés par votre vétérinaire.
- Reprenez le travail très progressivement, en observant sa respiration, sa fatigue et sa récupération.
- Restez attentif aux signes d’alerte (fièvre, abattement, muqueuses anormales, urine foncée, coliques) et n’hésitez jamais à recontacter le vétérinaire.
- Mettez en place une stratégie anti-tiques cohérente : produits adaptés, contrôle régulier du cheval, gestion du pâturage.
Pour aller plus loin dès aujourd’hui, vous pouvez :
- noter dans un carnet (ou sur votre téléphone) la température, l’appétit et le comportement de votre cheval jour après jour
- faire le point sur l’état de votre foin et de sa ration actuelle, et en parler avec votre vétérinaire ou un nutritionniste équin si besoin
- inspecter son environnement (paddock, pré) pour repérer les zones à tiques et réfléchir à des aménagements simples
Avec du temps, une surveillance attentive et une bonne collaboration avec votre vétérinaire, la plupart des chevaux récupèrent très bien d’un épisode de piroplasmose. Votre présence quotidienne et vos gestes concrets font vraiment partie du traitement.
